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Ça part en fumée

Aujourd’hui, triste journée. Ce qui aurait pu être un dimanche tranquille, pour se reposer d’une belle semaine s’est transformé en une journée quasi cauchemardesque. Les images sont là dans ma tête, et resteront gravée, longtemps.
Les problématiques sont nombreuses à Madagascar. Sanitaires, politiques, économiques, environnementales… Un pays qui rame dans le vide, sans avancer. Même si cette vallée est à l’écart des agitations politiques de l’île, et serait presque autosuffisante en terme de culture, d’élevage, et de logement, je découvre aujourd’hui une autre facette bien moins drôle de ce qui me semblait être encore hier, une vallée si paisible. Là où il y’a des hommes, il y’a des problèmes. C’est un fait, je crois même une règle universelle. La vallée du Tsaranoro comporte de nombreux villages, et comme partout, les rivalités sont présentes. Les rivalités, entre villages, mais aussi entre les habitants eux même. Il y’a ceux qui ont compris qu’il était dans l’intérêt de tous que cette vallée se développe, et que la venue régulière de touristes était un moyen de développer de nouvelles choses. Il y’a les autres qui s’obstinent à penser que les méthodes traditionnelles sont l’unique alternative pour survivre. Les éleveurs de zébus qui font largement parti de ces derniers, sont les familles les plus riches ici, et très présents dans la vallée. Une vallée recouverte de prairies, bien suffisantes par rapport au nombre de troupeau. Et pourtant, on continue à perpétuer la tradition des brûlis, qui consiste à brûler des surfaces végétales à toute altitude, pour qu’il n’y pousse plus que l’herbe.

Tout commence dans la matinée. Il est 10h. Un départ de feu se propage au pied même de la falaise du Tsaranoro. Même si ce n’est pas encore la saison sèche, et que la végétation est bien verte, le feu se propage à vive allure. Une partie de la falaise prend feu, mais aussi de la forêt sacrée. Cette forêt, c’est la dernière de la vallée, c’est le poumon de la vallée, c’est le trésor de la vallée. Elle y recèle une faune et une flore incroyable, mais aussi les tombeaux familiaux des habitants, d’où son titre de « sacrée ». Le feu se propage rapidement, et remonte un des couloirs végétal qui traverse la montagne, là où se trouve la forêt de bambou. Une petite équipe part au pied de la falaise pour tenter de maitriser les flammes et retrouver les auteurs de l’incendie. La forêt arrive à être relativement épargnée, mais le feu s’est bien propagé plus au sud. Les auteurs du carnage ont pu être retrouvés, prétextant une autorisation (non signée) du responsable des eaux et forêts du district d’Ambalavao. Feu vert qui aurait été donné en échange d’une bonne somme, mais sans autorisation officielle et signée…

Mais la suite du spectacle arriva à la tombée de la nuit. Vengeance ? contre vengeance ? Dans tous les cas, acte inexpliqué. Vers 20h, c’est au bas de la forêt que commence un nouveau départ de feu. Cette fois-ci, c’est bel et bien la forêt qui s’embrase. Les flammes prennent de l’ampleur, dépassent les dizaines de mètres. Un épais nuage de fumée redescend dans la vallée, un camping doit même être évacué. La nuit noire s’installe, il n’y a que la forêt éclairée.
Nous sommes tous là, assis sur le rocher du camp, à assister au désastre qui se passe à quelques centaines de mètre. Les sourires ont disparus, certains pleurs, c’est l’incompréhension. Là, devant nos yeux, nous assistons impuissants à un spectacle des plus désolants. Heureusement, pas un souffle de vent ce soir. Un calme quasi absolu, avec comme seul bruit le craquement des branches en feu et les cris des lémuriens, qui rendent la scène encore plus impressionnante. Vers 23h, le feu ne cessant de prendre de l’ampleur, les villageois lancent le cri d’alerte. Un cri bien caractéristique de cette vallée, généralement utilisé contre les voleurs de zébus, ou autre dangers. C’est un peu comme le cri des indiens, mais en plus aigu et plus rapide. A l’aide. Ils crient à l’aide. Nous les observons d’un peu plus haut, avec leurs petites lampes de poche de fortune, pour la plus part pieds nus, combattre les flammes en les étouffant avec des branches, défricher certaines zones pour stopper la propagation. Le danger est de taille, mais la mobilisation est importante. Une équipe du camp catta part en renfort, et cela jusqu’à 3h du matin. Je ne sais par quel miracle, mais le feu a été maîtrisé.

La nuit aura été courte et le réveil difficile. Il ne reste qu’à constater les dégâts du sinistre dès le lever du jour : environ 1 dixième de la forêt est parti en fumée. Ma seule consolation, est qu’heureusement, il n’y a pas eu de blessés cette nuit.

Je n’avais assisté de si prêt à un feu de forêt d’une si grande ampleur, qui plus est, de nuit. C’est effrayant, ca sert le ventre et c’est un spectacle que j’aurais préféré ne jamais voir. C’est terriblement angoissant de se sentir si impuissant face aux éléments. Je découvre aujourd’hui une nouvelle facette de cette vallée qui me paraissait si heureuse, avec ses problématiques et rivalités très locales, qui peuvent malgré tout en arrivé à des conséquences dramatiques et disproportionnées. J’ai pris aujourd’hui pleinement conscience qu’où que l’on soit, même dans des endroits si reculés et « préservés », la bêtise humaine n’a pas de limite.

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