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Echinococcose: du renard, à la myrtille… à l’être humain.

Je me souviendrai longtemps de cette randonnée dans les montagnes du Jura l’été dernier. Alors que je m’accordais une petite pause (bien méritée) à l’ombre des grands sapins pour une cueillette improvisée de myrtilles sauvages, les lèvres déjà bien violettes, j’entends non loin de moi une petite voie criarde au ton plutôt désagréable, derrière un buisson :

«Vous n’êtes pas au courant ? »
On ne peut même plus se régaler en paix…
« Au courant de quoi ? » Répondis-je au buisson avant d’y voir une petite dame ressemblant curieusement à un troll, figée sur le sentier en contrebas.
«Bah la maladie des renards ! » Répondit-elle aussi sèchement !
-Ce n’était donc pas un troll-

Hésitant à lui répondre:  « Mais de quoi tu te mêles petit troll désagréable ? » et  un «Et alors ? Je suis un renard !», j’ai finalement opté pour un bien plus courtois: « Oui merci madame, je suis au courant ».
[Fin de l’échange, reprise de la cueillette]

Si les beaux jours de l’été laissent présager de belles récoltes dans nos potagers et vergers, les amateurs de cueillette sauvage sauront apprécier les pauses gustatives lors de randonnée en pleine nature.  Fraises des bois, framboises, myrtilles… nombreux sont les fruits sucrés venant agrémenter l’effort d’une randonnée en montagne ou dans les bois.

Mais alors, avait-elle raison la petite troll des bois de cette mise en garde ?
L’échinococcose alvéolaire
, plus connue sous le nom de « maladie des renards », est une maladie transmise à l’homme par les renards, suite à l’ingestion des fruits sauvages contaminés, mais aussi d’autres plantes poussant au sol comme les pissenlits, les orties, les champignons… Découverte dans les années 80, elle a fortement été médiatisée par le ministère de la santé qui a mis en garde de nombreux randonneurs sur les dangers de la cueillette sauvage et le risque d’attraper cette « terrrrrrible » maladie. Campagne efficace, car 35 ans plus tard, il n’est pas rare de se faire interpeller (voir se prendre un coup de bâton) par certains rabat-joie un peu trop hargneux, lors de dégustations en pleine nature.

Je tenais donc à en savoir un peu plus sur cette maladie dont tout le monde parle sans finalement en connaitre les réels risques. Qu’en est donc t-il des risques de transmission du parasite et des risques de contracter la maladie ? Comme toute légende, il est parfois important de rétablir quelques vérités. Ne serait-ce que pour fermer le clapet de certaines personnes bien trop souvent mal renseignées. Il est donc temps de remettre les points sur les zi, l’église au milieu du village…  bref, le renard au sommet de sa fable !

DU PARASITE A LA MALADIE

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C’est le cycle de la vie ! … de l’echinococcose.

L’échinococcose alvéolaire n’est pas une maladie courante, mais il est vrai qu’elle peut avoir des conséquences très graves sur la santé, pouvant même entraîner un pronostic “vital”. A l’origine de l’échinococcose alvéolaire, un petit parasite dû à un cestode au joli non d’ «Echinococcus multilocularis ». C’est ce qu’on appelle une zoonose (maladie transmise à l’homme, par l’animal). Ce petit ver plat, est habituellement présent dans l’intestin des renards, mais aussi celui des chiens et des chats.
Le renard, est considéré comme « hôte définitif » car il héberge dans ses intestins la forme adulte du parasite, producteur d’œufs qui seront libérés par les excréments fécaux. Vont ensuite intervenir les petits rongeurs qui vont jouer le rôle d’ «hôte intermédiaire» en ingérant des graines ou des herbes préalablement souillées par les déjections du renard. A ce niveau, ces œufs sont développer en larves et se développent à l’intérieur du rongeur, avant d’être à nouveau mangé par le renard. Une fois dans l’estomac du renard, le parasite migrera vers le foie, où  il se développera sous forme de vésicules. Celles-ci éclateront pour libérer de nouveaux parasites qui migreront vers l’intestin pour maturer et donner des vers adultes. L’homme peut donc être lui aussi contaminé s’il est en contact direct avec les œufs du parasites, et prendre à son tour le rôle d’ «hôte intermédiaire».
C’est donc bien les excréments des renards qui contaminent les végétaux, et non son urine comme le laisse croire la légende. De quoi en rajouter un peu plus sur le dos d’un animal souffrant déjà d’une bien assez mauvaise réputation.
En revanche, si l’homme risque effectivement de se contaminer accidentellement en avalant les œufs du parasite par des baies ou végétaux souillés, il ne risque en aucun cas de contaminer son entourage.

SYMPTÔMES ET TRAITEMENT

oeuf_echinococ
Vu au microscope, un oeuf d’Echinococcus multilocularis

L’échinococcose est une maladie difficile à diagnostiquer, en raison de la lenteur du développement du parasite dans le foie. L’atteinte du foie est très longue, et très souvent asymptomatique. Il peut donc se passer plusieurs années entre l’ingestion du parasite et le développement des symptômes. De plus, le parasite ne se développerait que chez une personne contaminée sur 10.

Avec une apparition des symptômes pouvant atteindre 50 ans, la maladie se caractérise principalement  par des symptômes de jaunisse, de fièvre, de douleurs abdominales et une hépatomégalie (augmentation de la taille du foie). Elle se diagnostique rapidement, en général par de l’imagerie telle qu’une échographie du foie, un scanner ou une IRM, où l’on pourra y voir des calcifications très caractéristiques. En parallèle, on confirme aussi la pathologie par une sérologie et un contrôle des tests hépatiques. A noter que si la maladie atteint principalement le foie, les vésicules peuvent aussi coloniser d’autres organes comme les poumons et le cerveau.

Si l’heure du diagnostic est souvent associé à un stade grave de la maladie, il est cependant possible de la traiter par des traitements lourds, accompagnés d’interventions chirurgicales.

Alors je fais quoi maintenant quand je traverse un champ de myrtilles?

Nous l’avons vu, l’échinococcose alvéolaire est loin d’être bénigne. Cependant, beaucoup de fantasmes et de croyances erronées gravitent autour de cette maladie très mal connue. En cause, une importante campagne menée dans les années 80 et la création d’un “observatoire de l’échinococcose”.
Si l’on reprend les derniers chiffres publiés, en France, 14 cas en moyenne seraient diagnostiqués par an, dont 2 seulement mortels. La probabilité d’attraper cette maladie directement par l’ingestion de végétaux et autres baies sauvages est donc plus que faible.
Rappelons aussi que de nombreuses contaminations de l’animal à l’homme, sont dues aux animaux domestiques mal traités, au contact souvent trop « proche » de leurs maîtres. Manger une fraise des bois est donc tout aussi risqué que de laisser son toutou chéri lécher son assiette juste après qu’il se soit léché le cul-cul.
Un autre facteur à ne pas négliger est aussi celui de la présence accrue de renards en zone urbaine. Depuis ces dernières années, son nombre ne cesse d’augmenter dans les parcs et les zones proches des habitations, même dans les centres villes où ils y trouvent une alimentation profuse. Jardins potagers et autres zones de cultures urbaines sont donc loin d’être à l’abris du parasite. Si l’on devait donc faire un ratio entre les surfaces vertes (forêts, champs, jardins…) et la densité des renards/chiens/chats sur cette même surface définie, le risque me parait donc bien plus important en zone urbaine qu’en zone rurale. Le danger n’est donc une fois de plus, pas forcément là où l’on croit l’être.

14 cas par an dont 2 morts en France. Ça laisse quand même 36000 chances de moins que de mourir du tabac quand on est fumeur et autant de chance que de mourir attaqué par une vache en traversant un champ !

 

BONS REFLEXES ET PREVENTION

Carte Echinoc
Carte des zones à risque selon le Ministère de la Santé

La probabilité de développer les symptômes de la maladie étant infime mais effectivement pas nulle, vous pouvez toujours respecter scrupuleusement ces quelques conseils pour ne prendre aucun risque :

– Favoriser des zones de cueillettes sur des terrains en pente, des rochers, et autres zones plus difficilement accessibles pour les renards
– Eviter la cueillette en bordure de chemins ou sentiers, et favoriser plutôt les baies situées en hauteur.
– Bien laver les aliments avant de les manger
– La chaleur désactive les parasites, il est donc recommandé de favoriser la cuisson des fruits et autres plantes que l’on aurait cueilli au sol. En revanche, la congélation ne fait aucun effet sur les œufs de parasites.
– Protéger les potagers de l’accès aux animaux domestiques
– Identifier les zones géographiques à risque (selon la carte ci-dessus)
– Vermifuger régulièrement ses animaux domestiques
– Réaliser des dépistages réguliers dans les régions à haut risque, ou pour les consommateurs très réguliers de baies sauvages

 

Sources :
Ministère de la santé
OMS
Université Numérique Francophone des Sciences de la Santé et du Sport

Article mis à jour le 26/07/2017

Je me souviendrai longtemps de cette randonnée dans les montagnes du Jura l’été dernier. Alors que je m’accordais une petite pause (bien méritée) à l’ombre des grands sapins pour une cueillette improvisée de myrtilles sauvages, les lèvres déjà bien violettes, j’entends non loin de moi une petite voie criarde au ton plutôt désagréable, derrière un buisson : «Vous n’êtes pas au courant ? » On ne peut même plus se régaler en paix… « Au courant de quoi ? » Répondis-je au buisson avant d’y voir une petite dame ressemblant curieusement à un troll, figée sur le sentier en contrebas. «Bah la maladie des renards ! » Répondit-elle…

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un commentaire

  1. Bonjour,

    Dans le cas d’une plante porteuse de l’echinococcose, lorsqu’elle produit des graines et que ces graines produisent de nouvelle plantes, ces plantes-ci sont elles à leur tour porteuse du vers?

    Je me posais la question dans le cas ou par exemple, je récolterai des akènes sur des fraises des bois, pour faire pousser des fraisiers… Si quelqu’un a une réponse.

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