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Il était une fois, l’Etna.

Amis lecteurs,-trices, -trons, il est vrai que mon blog s’est un peu appauvri ces derniers mois. Non pas que ma petite vie de Yéti manque d’aventures ou d’autres folichonnades montagnardes, mais l’envie (le besoin?) d’écrire, et l’inspiration qui en découle, relève parfois du mystérieux : des fois ça vient, des fois ça ne vient pô. On pourrait se demander si je n’ai tout simplement pas hiberné durant toute cette période, mais au vu de la météo de ces deux dernières semaines, je pense que je serais encore au fond de ma tanière, à rêvasser d’une île perdue où l’on y aurait découvert une mystérieuse oasis en Nutella.

Mais me voilà de retour d’un court périple en Sicile, île méditerranéenne bien méconnue qu’il me tardait de découvrir. Cette petite aventure d’une semaine partagée avec Clément et Julian -deux camarades annéciens plutôt funs- m’aura permis de faire une rencontre inoubliable, attendue et espérée (rêvée ?) depuis ma plus jeune enfance. Bref, une rencontre de taille, avec un mastodonte minéral que l’on appelle très respectueusement: l’Etna. Difficile de vous décrire ce mythe… mais imaginez un cône magmatique de 3300m de haut posé, au bord de la mer, avec des versants réguliers d’un noir aussi noir qu’un coron, un sommet enneigé quasiment toute l’année, et une activité volcanique constante, dégageant fumées et autres vapeurs soufrées, telle une cocotte minute sous pression.

L’Etna, je le connais depuis tout petit. Enfin, pas personnellement hein, mais au travers des nombreux documentaires, reportages, et magazines (ceux des éditions Del Prado qui sortaient les mercredis chez le libraire) que j’ingurgitais sans lassitude quand j’étais bambin. Je m’en souviens très bien de cette période de mon enfance, plongée dans cette thématique des volcans, qui  me passionnait tant. Mais si, mais si !! Vous savez, juste entre ma période « plus tard, je veux élever des dinosaures » et « plus tard je serai un grand magicien ». Inutile de vous dire que mes yeux d’enfants ont atteint un niveau d’émerveillement rarement égalé, et que l’excitation était à son comble. Aujourd’hui, j’allais me frotter à ce colosse aux pieds de basalte, j’allais grimper sur son dos encore enneigé, et laisser mes traces de pas sur son chapeau soufré. Etna, me voilà.

Il est tôt ce matin, et le petit refuge de Brunek où nous avons passé la nuit, fume à peine. Mikaele, le gardien du refuge, m’accompagne en voiture dans un village en contre bas, pour récupérer trois paires de raquettes et des bâtons de marche. Tout s’est organisé la veille au soir, à notre arrivée au refuge. Mikaele ne parle pas un mot de Français, ni d’anglais d’ailleurs, mais nous arrivons à lui expliquer notre souhait de monter sur l’Etna. Deux trois téléphones de sa part, et le tour est joué, la journée sur l’Etna va pouvoir se faire. Ce soir là, nous étions ses seuls clients, lotis et nourris comme des petits rois. L’avantage probable de partir en saison creuse et loin des installations touristiques et autres remontées mécaniques qui permettent aux touristes aventureux et en tong, de gravir l’attraction sans trop se fatiguer.

Arrivé chez le loueur de raquettes, je tente de me faire expliquer le chemin le plus simple et le moins risqué pour atteindre le sommet. L’Etna étant recouvert d’une épaisse couche de neige, le guide italien m’explique qu’il est impossible de suivre les chemins, mais qu’il suffit de grimper tout droit, pour joindre le sommet. Le terrain est montagneux, parfois abrupte, volcanique, et tout à fait inconnu de nous trois.  Autant vous dire (ca n’étonnera personne ?) que j’ai trouvé ses explications quelque peu « light ». Je suis d’ailleurs très étonné que l’on autorise n’importe quel touriste à louer des raquettes pour gravir l’Etna (qui culmine quand même à 3300m), sans guide, et sans se soucier des détails essentiels de sécurité. A l’italienne quoi, mais passons… Soucieux de mettre toutes les chances de notre côté pour que cette journée se termine bien et que nous en gardions tous un bon souvenir, je réussi à obtenir une carte topographique de la région, imprimée sur un prospectus à touriste. La carte est assez bien détaillée, le téléphone fait GPS, la météo s’annonce clémente pour la journée, les vivres sont suffisantes… nous voilà fin prêt pour cette aventure d’un jour.

Le départ se fait au bas de la piste du petit domaine skiable de Piano Provenzana, l’une des trois stations siciliennes, qui se situe sur le flanc nord du volcan à 1800m d’altitude. Il fait beau ce matin. Nous voilà au dessus de la barrière nuageuse avec une vue directe sur le volcan et son sommet toujours fumant. Nous longeons les pistes pour commencer, raquettes aux pieds, en décidant de rejoindre une crête plus en amont, qui nous mènera directement vers le sommet. Et nous montons, montons, montons…tels de petites patapons. Sur ce milieu volcanique, qui plus est enneigé, toute notion de perspective et de distance est alors faussée. Pas un arbre, pas une seule infrastructure, pas un seul repère… un paysage vierge, 100% minéral, qui me rappelle agréablement mes épopées islandaises. Plusieurs kilomètres nous séparent encore du sommet qui semble farouchement se rapprocher. Alors que nos cuisses qui se réchauffent, avalent l’important dénivelé, nos poumons eux, avalent le soufre que nous balaye le vent depuis le sommet. Ca piquote un peu les bronches! Et voilà donc pourquoi à certains endroits, la neige sur laquelle nous marchons, nous semble jaune ! Ce vent du sud que nous dégustons pleine face, ne facilite évidemment pas l’ascension, et refroidit péniblement les extrémités. Une paire de gant n’aurait pas été du luxe, mais je dois avouer que ce n’est pas ce que j’envisageais de prendre en priorité, lors de la préparation de mon sac. Je ne m’attendais pas à voir autant de neige sur cette île méditerranéenne ; cet hiver, plus de deux mètres de neige ont été mesurés sur les pistes de Piano Provenzana !

Passée la barre des 3000m, nous commençons à voir le bout. J’allais enfin pouvoir contempler ce paysage exploré et étudié par les plus grands, du nom de Tazieff et Kraft. Un dernier mur enneigé, que nous attaquons de face, nous rappelle à quel point l’oxygène commence à se faire rare à cette altitude. Plus que quelques mètres… Le sol fume sous nos pieds, la neige a fondue par la chaleur du sable et quelques solfatares (petites cheminées fumantes) agrémentent l’atmosphère de soufre. Le vent, soufflant toujours aussi fort, nous inflige des rafales qui nous déséquilibrent, pauvres bipèdes que nous sommes. Mais tant d’efforts auront été récompensés comme il se doit, nous y voilà enfin. Le cratère de l’Etna, devant nos yeux. Ou devrais-je dire, l’un des cratères, car il y’en a plus de trois sur son sommet. Celui-ci doit faire au moins 200m de diamètre. Le spectacle est donc de taille. Voilà donc ce que l’on appelle, une caldera. Un immense trou sans fond, des parois abruptes et colorées par les multiples oxydes qui s’y échappent. Il y’a des grondements, des épaisses fumées et vapeurs, et d’impressionnantes falaises qui parpinent vers le fond. Faut-il donc monter si haut, au dessus des nuages, pour arriver devant ce qui pourrait être, les portes de l’enfer ? L’ambiance y est presque industrielle : c’est un peu comme dans une grosse usine chimique, mais sans tuyaux, sans cuves, et sans ouvriers. Un lieu brut de décoffrage et 100% naturel, en intense activité, que l’homme ne pourra jamais apprivoiser. Ce qui se présente à nous, fait sans doute parti des plus beaux spectacles que peut nous offrir la nature. Et c’est à ce moment là, qu’un sentiment de petitesse et de vulnérabilité, nous rappelle à quel point l’être humain ne reste qu’une infime poussière. Un sentiment rare, qui fait pourtant du bien.

Mais il faut déjà repartir, une longue descente nous attend encore et nous ne voulons pas nous faire piéger par un changement météo de fin de journée. Nous rechaussons donc nos raquettes, laissant derrière nous, celui que nous n’avions pas quitté de vue depuis ce matin.

Nos jambes sont en compote par les 1500m de monté, nos pieds mouillés depuis bien longtemps par cette neige un peu trop molle. Nous entamons la descente, la longue descente, l’interminable descente… et je crois effectivement  qu’« interminable » est le terme adéquat :  malgré avoir emprunté le même chemin que celui de la monté, ce retour nous semble bien plus long. Mais bon sang ? Ils ont rajouté des kilomètres depuis ce matin ou bien ?  (<- Accent Suisse!). Certaines pentes suffisamment inclinées, nous permettent pourtant de « glisser » sur la neige avec nos raquettes, dans un style, il est vrai, tout à fait disgracieux. Nous distinguons la station de ski bien plus bas, la direction est donc la bonne, c’est presque rassurant ! Alors dans ces grands moments de labeur où l’on ne voit pas le bout, le seul moyen de se stimuler pour coordonner ses jambes l’une devant l’autre, c’est encore de chanter !

« J’ai des jambes en caoutchouc… et des pieds tout mous ! » ; Voilà l’unique chansonnette qui me passe par l’esprit, au grand damne de Julian qui bizarrement refuse catégoriquement de m’accompagner à tue-tête. Plus si fun pour le coup !

Nous finissons par arriver, sur les rotules, auprès de notre fiat cinque-cento qui nous attend sagement. Il n’y a plus aucune autre voiture sur le parking, la station ayant fermée depuis longtemps. La fatigue ayant pris le dessus, nous décidons de passer une deuxième nuit dans le refuge de Brunek, qui se situe à quelques kilomètres seulement. Mikaele semble content de nous revoir, nous sommes de nouveau ses seuls clients.

Une chose est sûre, cette journée du mardi 3 avril 2012 restera inoubliable. Aussi bien dans le spectacle de ce volcanisme légendaire, que dans l’effort physique de cette ascension. Réaliser un rêve d’enfant, ca n’arrive pas tous les jours, il faut en être conscient. Mais ce sentiment d‘avoir été « vulcanologue d’un jour », me laisse cependant une petite déception. Celle de ne pas avoir assisté à une véritable éruption volcanique, avec le spectacle d’une lave en fusion. Et le Sylvain Mirouf que je ne serais jamais devenu, n’y aura malheureusement rien changé. Et dire qu’il y’a deux jours encore, une éruption de quelques heures a eu lieu un peu plus au Sud…. Pas grave, il paraît qu’on ne meurt pas d’une overdose de rêve.

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2 commentaires

  1. Bonjour!
    Merci pour ce report bien sympa 🙂
    Te rappelles-tu combien aviez vous payé pour la location des raquettes?
    La voie présente t’-elle des risques quelconques ou suffit t’-il de tracer dans le dré jusqu’au sommet?
    Par avance merci 😉

    • Pour la location, je dirais une dizaine d’euro par personne, mais je ne suis plus sûr. ça reste un milieu très montagneux avec un versant plutôt abrupte, même sur son flanc le plus doux. Avec un bon enneigement il vaut mieux être prudent, mais tout dépend de la saison. Gare au brouillard ou aux fumées du volcan qui peuvent rendre la visibilité difficile, sachant qu’il n’y avait à l’époque pas de balisage. Sinon prudence au niveau de la caldeira, les rebords sont très très fragiles 🙂

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