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Je ne souris qu’à moitié

Ce matin, je suis dans la petite ville de Fianarantsoa.

Hier soir, j’ai quitté la vallée du Tsaranoro, un peu mélancolique comme à chaque fois. J’ai pourtant tout fait pour retarder le départ. Un vol en parapente, une longue sieste, une longue préparation de mes affaires, et d’interminables aurevoirs en essayant de n’oublier personne. Mais l’adage ne trouve pas d’exception dans ces moments, oui, toutes les belles choses ont une fin.
Ce matin, je me réveille chez Christian, le responsable du Camp Catta qui m’a hébergé chez lui, dans sa maison de Fianarantsoa. J’ai passé une bonne nuit de sommeil. Pourtant, à mon réveil, je ne souris qu’à moitié.
Ce matin, je suis content de reprendre la route avec le taxi brousse qui est déjà réservé et qui me conduira jusqu’à Antsirabe, ville des hauts plateaux où je passerai quelques jours dans le dispensaire de Vanessa. Content de reprendre la route oui, pourtant je ne souris qu’à moitié.
Ce matin, j’ai pris un bon petit déjeuner, il y’avait même de la pâte à tartiner, une bonne préparation pour cette journée qui s’annonce déjà longue. Mon ventre est plein, pourtant, je ne souris qu’à moitié.

Oui, je ne souris qu’à moitié.

Non pas que je sois triste de -déjà-  reprendre le chemin du retour, mais quand je me regarde dans le miroir de la salle de bain, quand je force mes expressions du visage, quand je fais des grimaces… et bien je ne peux que constater, qu’effectivement, je ne souris qu’à moitié. La partie gauche de mon visage semble figé, inerte, comme si elle ne s’était pas réveillée. De même, ma paupière ne descend plus. Bloquée. Y’a comme un truc qui cloche ce matin…  Je crois que les symptômes sont clairs, je me réveille ce matin avec une paralysie faciale, et ça, c’est pas très cool. Je me disais encore ces derniers jours, il y avait des choses bizarres… maux de têtes, paupière ralentie, perte de certains goûts dans ma bouche… j’avais simplement mis ça sur le compte d’une fatigue oculaire, ayant perdu mes lunettes de vue avant le décollage à Marseille. Et bien non, ce n’était que les prodromes.

Bon on ne panique pas. Surtout pas. Pas ici. Pas maintenant. De toute façon, je ne vais pas m’éterniser toute la journée dans le petit hôpital de Fianarantsoa, trop peu de moyens, et trop risqué. Le taxi brousse part à 10h, ce soir je serai à Antsirabe et dans 3 jours, départ pour la France, l’option de « tracer ma route » me semble donc être la plus judicieuse.

C’est toutefois dans ces situations précises, que l’on est content de travailler dans le domaine médical, et content de savoir qui contacter rapidement en cas de « pépin ». Au vu des symptômes, je décide d’envoyer un mail de « SOS » avant mon départ, à un ami neurologue des Hôpitaux Universitaires de Genève. Avec un peu de chance, j’aurais un premier avis ce soir.

Après un départ raté (le taxi brousse a décidé de partir sans moi), presque 8h de taxi-brousse sur une route toujours aussi interminable, j’arrive finalement à Antsirabe en fin d’après-midi. Il fait nuit. Dino le mari de Vanessa est là pour me récupérer et me conduire au dispensaire. Je profite du confort de la maison de Dino et Vanessa pour me refaire une beauté, me rafraichir, et consulter ma boite mail grâce aux équipements informatiques plutôt moderne. Après un 1er avis reçu par mail, je réussi à faire un point plus complet par téléphone. Les symptômes sont clairs, le diagnostic aussi, il s’agit bien d’une paralysie du nerf facial gauche, d’origine virale. Un petit virus de la famille que la varicelle et le zona. Rien de grave en soi, et rien qui justifierait un rapatriement sanitaire. Me voilà plutôt rassuré sur « l’urgence », un peu moins sur la question de la récupération complète d’une telle pathologie, mais il est encore trop tôt pour faire des pronostiques. Dès le lendemain matin nous partons avec Vanessa faire la tournée des pharmacies malgaches : traitement de cortisone full dose, acyclovir full dose, complexes vitaminés, hydratation de mon œil toutes les 4h pour éviter des ulcères de la cornée… Moi qui n’aime pas ingérer mes cachous, me voilà servi ! Je ne peux m’empêcher à tous mes patients qui ingurgitent barbituriques sur barbituriques… aujourd’hui on inverse les rôles. Le plus important était donc bien de commencer la cortisone au plus vite, pour baisser l’inflammation du nerf, ce qui a été fait à temps.
Plus de peur que de mal donc, pour ce petit virus de fin de séjour qui a décidé de faire sa sortie avant mon retour au pays, probablement dans un seul et unique but, avoir matière à remplir ce blog.

Encore un remerciement tout particulier à docteur B. pour sa disponibilité, sa réponse rapide et la pertinence de son diagnostique même à plus de 8000km de son petit bureau genevois. La télémédecine a encore démontrée toutes ses preuves : me voilà aujourd’hui, parfaitement symétrique !

Yep !

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